mardi 17 novembre 2009

Netclub

Hier j'ai reçu un mail de Netclub, m'informant que le site fermait le 16 décembre prochain. Ca m'a rappelé que j'avais passé un entretien d'embauche chez eux en 2001 pour être leur directeur commercial. J'avais refusé l'offre préférant aller dans une web agency qui devait fermer ses portes quelques mois après mon embauche (quel sens de l'anticipation !). Je me souviens que les fondateurs de Netclub étaient des quinquas extrêmement sympas. Je crois qu'ils ont vendu leur site à Match.com il y a quelques temps. Bien vu les gars, vous avez du vous faire des couilles en or !

8 commentaires:

  1. Fifficile à porter (je parle des couilles en or).

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  2. ça dépend Boug si tu mets dy Toni Glandil

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  3. Hello !
    L'un des quinquas :-)

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  4. Hello Anonyme : j'espère que la vente de netclub t'as rapporté gloire et surtout fortune ;-D

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  5. J'ai reçu le même courriel (1), et j'ai également ressenti une pointe de nostalgie, quoique pour des raisons différentes : j'ai fait via ce site, du temps où c'était entièrement gratuit, avec un design moche mais sobre (après c'est devenu moche et flashy, en plus d'être payant), deux rencontres importantes -- les deux premières qui ont compté, en fait. Savoir que cet "endroit" va définitivement cesser d'exister est presque aussi émouvant que s'il s'était agi d'un lieu réel associé à de tels souvenirs, comme un magasin, un restaurant, un cinéma -- et ce quand bien même j'avais depuis longtemps cessé d'y "venir". A cette époque (2001-2002), la rencontre par le biais d'internet était encore une expérience marginale, qui pouvait être vécue certes dans la honte (car impliquant une plus ou moins sévère incapacité à faires des rencontres dans ce que l'on appelait alors « la vraie vie » -- cette distinction a désormais cessé d'être pertinente, autre raison d'être nostalgique...), mais aussi dans une certaine innocence, en tant qu'expérience psycho-sociale contre-intuitive, l'utopie d'une communication et d'une communion excluant, dans ses prémices, l'habituelle prééminence du corps, du paraître, des conventions sociales ; même si, comme pour toute utopie cherchant à nier certains fondamentaux de la nature humaine, l'issue est souvent une amère déception, avoir fait ce chemin n'est pas vain, les émotions ressenties étaient réelles et nobles, qu'importe si la « vraie vie » les a démenties (comme écrivait Boris Vian dans son avant-propos à L'écume des jours, « l'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre », ou comme chantait Jean-Jacques Goldman, « les chansons sont plus belles que ceux qui les chantent »).
    Désormais ce mode de rencontre s'est banalisé, est entré dans les moeurs et dans le marché (sociétés cotées en bourse), s'affiche en 4x3m sur les murs des villes ou s'exhibe dans des spots publicitaires télévisés d'une agressivité grotesque (« vous allez aimer » : sous forme de sinistre injonction rappelant le « nous allons vous faire aimer l'an 2000 » proclamé voici une dizaine d'années par une autre industrie abjecte derrière une façade lisse et vertueuse, prônant la com-mu-ni-ca-tion comme solution à toutes les afflictions -- que ne font bien sûr que renforcer et entériner ces industries s'immiscant jusque dans les sphères les plus intimes de nos existences, ainsi que chantait Alain Souchon : « on nous inflige / des désirs qui nous affligennt »), il n'est plus du tout question d'innocence ou d'expérimentation hasardeuse mais de pragmatisme et de chiffre (chiffre d'affaires des cyber-proxénètes qui gèrent ces lupanars virtuels, chiffre des conquêtes de ceux qui s'y grisent pour noyer leur solitude dans la frénésie consumériste, accumulant et gaspillant les êtres aussi bien que les biens matériels, « parce que je le vaux bien ! »), et c'est devenu tout simplement répugnant -- émétique (adj. "Qui provoque des vomissements. »).


    (1) J'aimerais qu'un jour on m'explique pourquoi comment a pu se généraliser cette aberration qui fait désormais de "mail", mot anglais signifiant "courrier" (et ce probablement depuis des siècles), la traduction prédominante, en français, de "e-mail", signifiant "courrier *électronique*"... Les anglophones disent et écrivent systématiquement "e-mail", "mail" désignant avant tout un courrier *postal*. La logique (c'est presque un gros mot de nos jours !) voudrait que l'on utilise en français ou bien le terme d'origine inchangé (e-mail), ou bien une vraie traduction ("courriel" marche très bien). Je ne sais pas si les français sont paresseux ou simplement stupides, mais quand on en arrive à trouver normal de dire que l'on a envoyé un "mail" à un pote "black" à propos d'un "people" qui joue au "foot", il y a vraiment quelque chose qui cloche...

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  6. Pour compléter mon commentaire, voici une (splendide) chronique de Guillaume Erner, diffusée sur France Inter dans l'émission Eclectik le 13 octobre 2005, et qui développe des idées similaires avec une verve caustique digne de Pierre Desproges (retranscrite par mes soins) :

    (1) « Il faut être sérieux à un moment, et savoir comment on choisit ses z'actions. Comment profiter de la hausse du CAC40 ? Les gens sont inquiets, ils imaginent le pire. Par exemple : la guerre contre l'Iran n'a pas lieu ; les fabricants d'armes voient leurs cours de bourse chuter... Dans ces conditions, où placer son épargne ? Alors mon conseil, le voici : restez-en à des marchés sûrs, par exemple celui de la solitude.
    Cette semaine, [é]M[é]ti[que], le leader des sites de rencontres sur Internet, s'introduit en bourse, et ça, c'est une grande nouvelle. Pour le marché du célibat, les indicateurs sont au beau fixe : l'équipement des ménages en matière de conjoint a beaucoup chuté. Depuis cinq ans, le nombre de célibataires a augmenté de 15% pour les moins de 29 ans, de 10% pour les 30-49 ans. Par ailleurs, le taux de renouvellement du conjoint augmente ; un amoureux, même avec de belles prestations, ça passe difficilement le cap de la cinquième année. La gestion des affaires de coeur est complexe, la déréglementation du marché amoureux rend de plus en plus hasardeuse la rencontre de l'offre et de la demande.
    En effet, l'histoire du couple occidental comprend deux périodes.
    Tout d'abord, la première phase que l'on peut appeler la préhistoire. Pendant cette époque, on achète son conjoint à côté du domicile. La tribu des Manzoni [Rebecca Manzoni, l'animatrice de l'émission, qui se met à pouffer de rire... NDG] doit trouver son conjoint sur la rive droite du Manzon [...]. Sur les rives du Manzon, donc, les Rebeccos doivent se marier avec des Rebeccas, que ça leur chante ou non [Rebecca est à présent pliée en quatre... NDG].
    Puis vient 1968, et alors là, le bordel s'installe : non seulement les individus sont libres de choisir leur conjoint, mais en plus ils deviennent e-xi-geants. Chacun dans son couple aspire à « l'authenticité », à « l'épanouissement »... Et tandis que ces exigeances augmentent, le conjoint continue à être un produit essentiellement décéptif.
    Hier, le conjoint décevant provoquait l'arrivée de l'amant dans le placard ; c'est cette idée simple qui a donné du travail aux écrivains pendant trois siècles. Mais aujourd'hui, l'infidélité est très mal vue. La fidélité est devenue essentielle pour 82% des français, contre 71% il y a dix ans. Avoir une aventure est devenu inexcusable pour 60% des individus, contre 51% auparavant. Bref, comme on dit dans le bâtiment, « c'est plus rentable de démolir que d'essayer de rénover ».

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  7. (2) Tout cela laisse augurer de superbes perspectives pour le marché de la rencontre, car l'attrait pour le couple n'a jamais été aussi fort. Dépression commerciale de plus en plus vive, incite les individus à se caser : offres spéciales pour la Saint Valentin, difficulté pour trouver une bûche de Noël en portion individuelle... Comme le dit Yoko Ono, « ça n'est pas marrant de dormir seule ». Malgré la vernacularisation du godemiché [Rebecca laisse échapper quelques gloussements !... NDG], le couple reste le lieu d'expression préférentiel de la sexualité.
    Pourtant, trouver pot à son couvercle est devenu un exercice difficile. L'homme ou la femme libre, c'est comme le pétrole, il faut draguer de plus en plus profond pour en trouver un. La ménagère de moins de cinquante ans est devant sa télévision, le ménager du même âge a fait son coming-out. Les mécanismes de drague les plus sophistiqués sont désormais éventés. Les consommateurs sont de moins en moins crédules. Plus personne n'achète une phrase comme « Gertrude, quel beau prénom ! », ou bien encore « Bergman m'a toujours fait beaucoup rire... ». Qui serait suffisamment crédule pour suivre un garçon qui lui dirait : « allez, dis-moi oui, j'ai besoin d'une fille pour venir habiter avec moi à l'Elysée en 2007... » [NDG 2009 : Chacun connaît désormais la réponse...]
    Le succès des sites de rencontres promet donc d'être durable. Quelle belle époque que la notre ! Notre modernité est même capable de fabriquer de la croissance à partir des maux qu'elle suscite. Votre quotidien est peut-être déprimant ? Mais heureusement le Prozac © existe ! La vie moderne épuise votre couple, ou vous empêche d'aller vers l'autre ? Pas d'inquiétude ! Un service marchand peut vous aider à trouver l'amour, à obtenir, comme l'équipe de France, « l'émotion sans l'exploit ».
    Voilà pourquoi je suis fier que le leader européen de la rencontre sur Internet soit une entreprise fraaançaiiize. J'espère que le gouvernement fera son possible pour défendre cette belle entreprise, par exemple en demandant à Bruxelles de limiter la durée légale des couples. C'est vrai ça ! les vieux couples polluent... regardez Brad Pitt et Angelina Jolie, trois mois qu'ils nous assomment... Le gouvernement doit aider les entreprises françaises. Or, ici, la « sécurisation des parcours professionnels », pour parler comme notre poète de premier ministre [NDG : Dominique de Villepin], passe par la précarisation des rapports amoureux. Et tant pis pour les secteurs qui résistent encore au changement : terrasses de cafés, jardins publics, et pissotières. Désormais, pour être moderne, il n'y a plus qu'une solution : chasser la belette à coups de souris... d'ordinateur. »


    Gabriel
    ceo-121h@myamail.com

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  8. Gabriel, merci pour ce long commentaire. En effet, j'ai eu moi aussi un léger pincement au coeur en apprenant la fermeture de netclub. Pour autant, ce n'est ni plus ni moins que la vie d'une entreprise absorbée par une autre. Les rencontres que j'ai pu y faire de par le passé ont été importantes pour moi aussi, mais après tout, peu importe le site. Car contrairement à toi je n'y mets pas plus d'affectif que ça. Concernant l'intro en bourse de meetic, je regrette de ne pas être Marco Simoncini et ne pas avoir pensé à quelque chose d'aussi simple. Je suppose qu'il a pu assurer l'avenir de ses enfants. J'espère que les fondateurs de netclub l'ont fait aussi !

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